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Écrit par Odile Ammann   
06-06-2008

De l’autre côté du Röstigraben… 

 

 

Il y a une vie après Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt et Johanna Spyri ! Voici quelques « Tipps » pour vous entraîner de l’autre côté du Röstigraben et aiguiser votre appétit d’une littérature suisse-allemande méritant toute notre attention.

 

Martin Suter 

Bars lounge respirant le snobisme et bureaux aseptisés, Martin Suter a tôt fait de planter le décor et de brosser d’une plume acérée le portrait de la glaciale et fascinante société zurichoise. Ce cadre sert une intrigue efficace dont les pièces s’assemblent au fil des pages, laissant le lecteur admiratif devant une construction parfaite qui se déroule comme du papier à musique. Relevant à la fois du policier et de la satire sociale, les romans de Martin Suter fonctionnent grâce à une redoutable mécanique huilée comme celle d’un coucou suisse. 

Small World (1998) : un incendie commis par étourderie, de petits oublis qui se multiplient pour devenir de plus en plus inquiétants : Conrad Lang, atteint de la maladie d’Alzheimer, semble promis à une lente et inexorable déchéance. La richissime Elvira Lang, pour qui Conrad a travaillé pendant des années, a bien l’intention d’effacer les dernières traces de ce passé qui doit rester enfoui, mais qui ressurgit par bribes chez Conrad. Pour parvenir à ses fins, Elivra est prête à éliminer tous les obstacles gênants. Malgré la gravité du sujet, Martin Suter nous livre un récit dynamique et optimiste. 

La face cachée de la lune (Die dunkle Seite des Mondes, 2000) : un bad trip dû à des champignons hallucinogènes, et voilà Urs Blank, brillant avocat spécialisé dans les contrats de fusion, victime d’un changement radical de sa personnalité. Fuir et se terrer dans la forêt semble l’unique solution pour le héros en pleine crise qui ne paraît plus en mesure d’affronter le monde dont il est issu. Un livre intriguant qui laisse songeur quant à nos valeurs capitalistes. 

Un ami parfait (Ein perfekter Freund, 2002) : Fabio Rossi se réveille amnésique, enfin, presque : les cinquante derniers jours n’évoquent en lui pas le moindre souvenir. Il ne reconnaît ni la jeune femme à son chevet, ni ce passé plutôt désagréable qui ne va pas tarder à se lancer à sa poursuite... Un ami parfait explore les abîmes de la mémoire qui, intégrée à un excellent policier, s’impose comme un thème récurrent dans l’œuvre de Martin Suter. 

Lila, Lila (2004) : pour mieux séduire Marie, David affirme être l’auteur d’une histoire d’amour qu’il a en réalité trouvée par hasard dans un meuble acheté chez un antiquaire. Marie tombe sous le charme, non seulement de David, mais aussi du manuscrit qu’elle soumet à un éditeur sans en parler à son prétendu auteur. Le livre paraît et devient un best-seller… Lila, Lila (dont Martin Suter jure être le véritable auteur !) met en garde contre les proportions qu’est susceptible atteindre un petit mensonge qu’on imaginait anodin. 

Le diable de Milan (Der Teufel von Mailand, 2006) joue sur les contrastes, puisque l’action se déroule dans un luxueux centre de remise en forme niché entre les montagnes de l’Engadine. Sonia, s’y réfugie pour y travailler comme physiothérapeute à la suite de relations conjugales tumultueuses. Elle ne se doute pas un instant que son séjour est sur le point d’être perturbé par d’étranges incidents auxquels se mêle une diabolique légende …  

Pascal Mercier  

Train de nuit pour Lisbonne (Nachtzug nach Lissabon, 2006) : Raimond Gregorius, professeur de langues anciennes à Berne, est bercé par le ronronnement d’une routine tout sauf palpitante. Aucun de ses élèves ne s’attend à ce que cet érudit décide soudain de tout quitter, après avoir débarqué en retard à son cours, le front barbouillé d’un numéro de téléphone. Et pourtant, Gregorius claque la porte et saute dans un train pour Lisbonne qui le mènera sur les traces du mystérieux auteur et médecin portugais Amadeu de Prado et vers un fabuleux itinéraire philosophique. 

Milena Moser

L’île des femmes de ménage (Die Putzfraueninsel, 1994) Déplacer les aliments dans le frigo pour faire croire qu’on l’a bien nettoyé, se soûler au champagne dès que la maîtresse de maison a le dos tourné, se précipiter ensuite sur courrier et journaux intimes de ses employeurs avant de fouiller les corbeilles à papier à la recherche d’éléments croustillants… Pas de doute, la jeune femme de ménage Irma sait y faire pour brouiller les pistes et fouiner sans en avoir l’air ! Lorsqu’elle découvre que l’avocate bon chic bon genre chez qui elle travaille séquestre sa belle-mère à la cave dans des conditions inhumaines, Irma vole au secours de la vieille dame. Autant dire que garder en même temps ses clients et gérer sa propre et chaotique vie privée relève d’un véritable marathon. L’originalité de Milena Moser consiste à faire évoluer ses antihéros à l’abri des clichés, même si c’est aux épreuves du quotidien que les personnages se retrouvent confrontés. Une écriture à la fois drôle et grinçante, simple et vivante. 

 

Bernhard Schlink 

 

…et pour rester encore un peu dans l’atmosphère de la „Tütschschwyz“, lisez Le retour (Die Heimkehr, 2007), récit passionnant de l’allemand Bernhard Schlink. Ce sont des vacances passées en Suisse allemande qui permettent à l’intrigue de se nouer, entraînant ensuite le lecteur en Allemagne, puis outre-Atlantique, à la recherche d’un père disparu qui s’est constitué une nouvelle vie. Peter Debauer découvre ainsi que son père, homme double, est devenu éminent professeur à l’université de Washington et s’applique à y dispenser un enseignement plutôt dangereux.

 

 

Odile Ammann

Dernière mise à jour : ( 11-06-2008 )
 
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